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Les Îles du Couchant

Publié le par Fabien Maisonneuve

Byrakk avait pris sa décision. Le clan de Timra s'était envolé, il s'était envolé pour les archipels du grand maghreb, là où meurt le soleil. Comme la prophétie d'Aramidras l'annonçait, la lumière reviendrait par le couchant.

Les Simurghs atteignaient les îles Flanah, un ensemble resserré, véritable collier montagneux au milieu de la platitude de l'océan. Ils crièrent leur contentement à l'approche de ces pointes dressées vers le ciel à l'extrème, comme des cônes à la pente raide, aplatis à la base. Ces formations étaient dues à une tectonique en écailles, la lave coulant la croûte de toutes parts.

Byrakk n'attendit pas pour donner ses instructions.

- Chasseurs de Timra ! Nous nous installerons sur ce flan ! Allez chercher ceux qui volent sur l'océan !

Les simurghs s'éparpillèrent dans les îles et les flancs environnants, quêter l'audience des rokks. Ce voyage n'avait lieu qu'une fois toutes les soixante-douze années, lors d'une conjonction des trois lunes en triangle équilatéral parfait au cœur de la nuit. Ce n'était pas la saison des concordances.

Il flottait dans l'air une odeur salée, les embruns montaient jusqu'en haut des monts. Des fumerolles jaillisaient de l'eau, de la vapeur de mers. Byrakk avait contemplé ces îles bien des fois. Il les connaissait comme une seconde maison. Nul doute que les rokks seraient désarçonnés par la présence impromptue des seigneurs du ciel en cette période. Ici le ciel était clair. Byrakk se demanda même un instant s'il ne serait pas préférable de s'y réfugier et d'abandonner le Mazighân. Cette idée fut chassée par un sentiment de colère. Non ! On ne pouvait abandonner l'homme, malgré sa traîtrise. L'alliance devait être restaurée, pour Arasîl. Telle était la destinée.

Le claquement des ailes des aigles blancs ne se fit pas attendre. Les rokks s'amassaient. Oh, leur envergure n'atteignait pas celle des Simurghs multicolores, et de loin, mais leur esprit était fait d'un même honneur, d'une même vertu de bravoure, un esprit de chasseurs. Tywakk était un jeune rokk aux tâches rousses. Il n'avait encore pas le souvenir des simurghs, car il était trop petit lorsqu'ils étaient venus la première fois. Tywakk était robuste pour son age, il avait déjà la taille des plus gros rokks, et se tenait dans la force de l'age. Il savait comme nul autre surprendre les dauphins dans leur course pour les emporter dans les airs et les ramener à terre. De fait, ses festins faisaient de lui le plus puissant de tous ceux de Flanah. En cette heure, il était l'alif des îles.

La rencontre eu lieu dès la première heure, car l’événement avait été rapidement relayé et l'annonce avait fait tâche d'huile. Des milliers de rokks se tenaient désormais en assemblée autour de Byrakk et du clan de Timra. Ils attendaient la parole du vénérable.

- Destriers du couchant ! L'heure est venue pour vous de reprendre cavaliers ! La mort se dessine dans le ciel de Gandariah ! C'est le signe d'Ahriman ! La grande bataille pour le salut... a commencé. Vous devez joindre vos forces à celles des hommes, à nouveau. La mort étend son règne, le mal s'impose aux esprits, il n'y a plus de rêve dans le cœur des hommes, il n'y a plus la lumière de la foi, il n'y a plus de vertu dans les cœurs. Mais je vous implore de revenir... mes frères. Plus que jamais les nobles doivent briller, et il en reste parmi les hommes. Ils doivent savoir que vous existez. Ils doivent comprendre que leur place n'est pas auprès de shayatz et ses djinns. Ils doivent retrouver en un mot, la grandeur. Vous êtes la grandeur ! Vous êtes... les rokks !

Un éclat nouveau brilla dans l’œil des aigles blancs de l'ouest. La beauté des paroles de Byrakk avait été entendue. C'était un cadeau des hauteurs. Les rokks arpenteraient de nouveau Gandariah. Le ciel des hommes s'annonçait comme un nouveau défi, une grande aventure pleine de surprise. Les oiseaux murmuraient entre eux, existés ou effrayés par l'ampleur de la décision souveraine du simurgh. On ne contestait pas l'alif des seigneurs du ciel, les rokks étaient tous soumis à la loi de suzeraineté. Tywakk le savait. Il était né pour connaître cette heure du destin, et il se promettait déjà de n'être la monture que d'un noble exceptionnel.

L'alliance allait vivre à nouveau, comme après une longue nuit de sommeil troublé. Le rêve revenait déjà dans le cœur des rokks. Il ne tarderait pas à renaître dans le cœur des hommes. Tous deux connaissaient l'importance d'un tel accord de vie, d'une si fertile promesse de paix et de seigneurie. La vie renaîtrait, la lumière reviendrait. Mais à quel prix ? Tywakk le savait, beaucoup ne reviendraient pas sur les îles Flanah.

- Et maintenant, fertilisez vos femelles ! Vous ferez vos nids à aux djebels at-Timraniyya ! Ce seront les fils du mazighân, et ils seront chevauchés par les hommes, tout comme les meilleurs d'entre vous tous ici réunis. Soyez mon armée ! Soyez le signe d'Ahor Mezda !

L'assemblée immense des milliers d'oiseaux poussa des cris sans fin. La saison de la chasse avait commencé. La chasse aux maléfices.

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