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La forêt des Cèdres

Publié le par Fabien Maisonneuve

Arasîl et Zana progressaient sur le Sirat en direction de la Belle de l'Ouest lorsqu'ils arrivèrent à hauteur d'une forêt de cèdres aux herbes hautes. Sur la lisière, des villageois habitant des tipis surélevés s'affairaient paisiblement. Après s'être restauré auprès d'eux et les avoir alertés de la menace des shamites arrivants, la kahina et le prince déchu s'en retournèrent à travers le bois.

Une fois bien enfoncés au cœur de la forêt peuplée d'oryx blancs et de fennecks, ils établirent leur camp à l'abri d'un cèdre géant qui s'élevait à perte de vue.

Zana était encore sous l'effet du traumatisme. Ils se tenaient tous deux là près du feu, dans le silence.

Dans le jour déclinant, Arasîl vit une silhouette s'approcher, à pas feutré mais sûr. Fereydoun s'avançait et le regardait d'un œil bienveillant, lui souriant avec douceur. Zana le vit également.

- Fereydoun-le-Vénérable. Tu es mort. Les morts visitent-ils souvent les vivants ? On ne m'en a jamais parlé.

En guise de réponse, Fereydoun étendit ses ailes, rayonnant de couleurs autour de son corps blanc vêtu de brocard. Arasîl voyait mais ne comprenait pas. Pour lui, c'était une mue, et il se demandait combien de temps il fallait vivre pour être ailé comme ses pairs.

- Je suis désormais un malakim de la race des Keroubim, fils de Byrakk. Je suis venu te révéler des choses que tu dois savoir, devenir la lampe qui éclaire tes pas. Oui ô prince, de ce que tu feras dépend l'avenir des royaumes et des cités.

- J'ai été vaniteux de me croire capable de tout, sage vieillard. Je t'écoute.

- Ton repentir est sincère, et ton intention est juste, cela je le sens et les dives Askyas s'y accordent certainement. Voici,prince Arasîl : l'émire Hamma'ani de Mazighân a fait allégeance, contrainte, à Urzil de Baktrân, celui qui tua ton père. Il règne à Atka'ab où il la tient prisonnière. Le fils de l'émire est à Dar-El-Qarayn. Vous devez le voir car il a le cœur pur comme une source d'eau claire, et lui seul peut gagner les faveurs des simurghs. Mais il aura besoin de toi Arasîl.

« Ce qui est écrit ne peut s'accomplir que si chacun suit sa conscience avec persévérance, surtout lorsque les ténèbres s'épaississent. Or le devoir des princes les retient entravés lorsqu'il faut prendre des décisions difficiles. Il voudra sauver sa mère quand il est temps de prendre sa suite, sans quoi le Mazighân subira le joug du Tahugûthân, et succombera à l'esclavage. La menace du Sanghkor, bien que réelle, ne durera pas. Les querelles des princes du Sanghkor va s'intensifiant sur le butin de leur campagne. Quant aux rayât, le vent du nord leur fait peur, et ils voient leurs montures se fatiguer de tous ces efforts. Toi-même tu as défait un mannak des brousses, et ta légende court dans toute l'armée des shamites, bien que beaucoup se refusent à y croire. »

- Ce qui m'inquiète c'est ce fléau qui assaille le ciel, ces ombres qui rôdent dans les hauteurs de mon peuple. Qu'est-ce que c'est ?

- Lorsqu'Urzîl a atteint Atka'ab, il s'est empressé d'ouvrir la Bouche du Schéol cachée sous l'ancien palais. Il a libéré les Âmes Perdues, les dives les plus sombres des temps jadis, enfermés par al-Qarayn, Ishkaladar, lors de ses conquêtes.

« Tels des nuées d'insectes, ces dives sont attirés par la lumière, et obscurcissent le ciel à chercher la présence des astres. Le prince Sayuddin peut écarter leur ombre. Mais il doit pour cela conserver sa pureté. Les shayatin sont déjà en chemin pour forcer les qabilites à vénérer les Apsûr, et ils vont circoncire les hommes. Ainsi, terrorisés par le devoir de soumission totale, leur esprit sera brisé, et par cette brèche s’immiscera la violence dans leur cœur. Ils y céderont tôt ou tard, car le rite est si bien fait qu'il ouvre aux mortels la perception des ténèbres, et le cœur n'y résiste pas. Il devient impur et souillé. »

« Comprends moi bien, ô Arasîl. J'aurai voulu apporter la lumière au monde, tel Aramidras. Je ne peux que l'aider à écarter lui-même les ténèbres. Si je me dévoile, les dives fonderont sur moi et dévoreront ma lumière. Être de Lumière, je suis pour eux l'ennemi. Pourtant, je me suis ici voilé dans la chair. Dès que je le pourrais, je vous accompagnerai tel un homme. C'est cela être un malakim : marcher parmi les hommes, semblable à l'homme, mais être un ange, appartenir aux cieux. »

- Soit. Passe donc la nuit auprès de nous. Il est temps de dormir.

Arasîl était fatigué de ce destin à porter. Il voulait juste dormir, et atteindre la ville au plus vite. Lui qui espérait porter le message à Byrakk et s'en aller chercher l'aventure, le voilà qui la trouvait déjà au seuil de la porte. Et cette aventure là, il s'en serait passé. Une affaire de dieux, c'était bien trop pour lui.

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