Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chaos à Elludorine

Publié le par Fabien Maisonneuve

Chaos à Elludorine

L'agitation emplissait les rues.

Les gens se déchiraient, s'envoyant des jattes et des amphores, des vasques et des plats.

Ils commençaient à sortir les kandjars, et la situation tournait au drame. Ceux qui avaient jusque là aimé par dessus tout la belle Yunanila en arrivaient à s'ouvrir tels des tonneaux éventés.

La garde rouge arrivait déjà du palais, prête à imposer le couvre feu au quartier.

La situation était grave, et plus personne n'avait assez de raison pour se calmer et laver son cœur de la colère.

Le Regus Voladim el-Moldari était aux abbois, et fort en même temps.

Il avait redouté ces évènements depuis la naissance de sa fille, don empoisonné pour la stabilité de son royaume. Trop belle pour être en paix avec ses voisins.

Il avait pourtant voulu la marier à celui qui saurait unir tous les sultanats de Pelaboria sous une même autorité de paix et d'échanges marchands. Mais la difficulté de trouver parmi eux le bon parti l'avait conduit à envenimer la situation. La compétition pour Yunanila n'avait fait qu'accroitre leur avidité et attiser leurs mauvaises pensées.

Comment sortir de cette situation inextricable?

Le vin s'écoulait des poitrines dans les gargouilles des rues pavées. La belle princesse pensait au suicide, il avait fallu la droguer pour l’empêcher de mettre fin à ses jours.

Il était temps de passer aux choses sérieuses. Le territoire de la capitale était compromis. Il fallait ramener l'armée, massivement, dans les rues. Il n'y avait pas d'autre choix que celui là. Trop d'erreurs politiques, trop d'ennemis, trop de jaloux surtout.

Le Regus hésitait à fermer le sénat et prendre les pouvoirs d'imperator. C'était chose qu'il était prèt à faire, mais il souhaita s'en entretenir avec ses généraux. Ceux-ci lui conseillèrent de le faire, mais l'un pourtant des vizirs, Kidralb, lui conseilla de ne rien en faire.

- Ils ont raison votre majesté, mais ils n'ont pas eu le temps d'aborder un point qui me semble essentiel. Si vous le faites, vos ennemis de l'intérieur se saisiront de l'opportunité pour s'emparer du trône.

- Ils ne le pourront pas, je suis le régus, entouré de généraux.

- Mieux vaut être entouré du peuple que de généraux, votre majesté. La fidélité du peuple ne vous trahira pas pour le trône...

- Vous oseriez remettre en cause notre fidélité?

- Sagesse et raison ne connaissent ni tabou ni circonstances.

Le régus se mit à réfléchir.

- Sortez tous, que je consulte la reine. Vizir, tu peux rester.

Ainsi donc vint la dame du Bazilân dans la grand salle du conseil restreint, vidé de ces généraux.

Le régus lui exposa les faits.

- Qu'en dis-tu?

- C'est toi le seigneur du Bazilan, mais tu ne le restera pas en devenant un tyran. Les pouvoirs du sénat sont essentiels pour le peuple, et ce n'est pas le peuple qui a amené la discorde, seulement ces ribauds de princes de Pelaboria, pourris par l'orgueil et jaloux de ta fille. Un bon souverain ferait justice. Un grand souverain n'aurait pas peur des conséquences d'une offense envers les îles. Il se dresserait de toute sa stature et les inviterait à comparaître devant leurs dieux.

- Votre majesté, l'idée peut sembler bonne, mais encore une fois, je dois rajouter quelque chose.

- Qu'y a t-il?

- Vous avez tout fait pour éviter la guerre avec les sultanats des îles. Vous ne pouvez saborder les accords qui assurent la pérennité du royaume sans mettre fin, à plus ou moins brève échéance, à votre dynastie.

- Tu parles encore avec sagesse, vizir. Ma reine, accepte de quitter cette pièce pour le moment.

Vexée, la femme du roi s'en retourna avec sa hargne au coeur.

Le régus allait prendre la bonne décision. Il allait en appeler aux sultans des îles pour venir chercher leurs rejetons ingrats, et qu'ils soient punis dans leurs terres natales. Le vizir Kidralb avait sauvé la paix, le peuple, la couronne et le bon sens.

Commenter cet article