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Tsunami

Publié le par Fabien Maisonneuve

Je marchais dans la plaine rocailleuse, aux abords d'Eleutherpe.

Ce jour là on entendait les gens gémir, après le chaos. Le tremblement de terre avait fait s'effondrer les masures. La grande vague glacée avait rejeté les "enveloppes terrestres" telles des poissons sortis du filet dans la cale d'un navire de pèche.

Je me prenais à avoir de l'espoir, mêlé dans la peur. L'espoir qu'enfin notre sultan se décide à mériter notre confiance, mais je n'aurai su dire ce qu'il devait faire, sinon sauver les survivants.

Je me précipitai auprès de ma famille pour savoir ce qui leur était arrivé. Par les dieux, il n'avaient rien.

Je pris ma petite nièce dans les bras pour la rassurer, la dorloter. Nous veillions dans la grand salle du hall du village. Nous attendions de l'aide.

Certaines nuits, comme celle-ci, le silence faisait peur.

Le bruit terrifiait encore d'avantage. Nous trouvions alors refuge dans le silence, à la lueur des torches. Nous partagions un peu de pain et de lait caillé. Nous nous tenions chaud, hommes et femmes dans les bras les uns des autres.

J'aspirai à voir des responsables à cette marée maudite, à cette secousse de la terre agitée comme on dépoussière un tapis.

Il y avait bien les dieux, mais on m'a toujours enseigné qu'ils n'y sont pour rien, que la terre seule décide de son destin. Alors pourquoi cette terre nous rejetterait-elle?

Qu'avions nous fait?

Je m'en enquis auprès du maréchal-ferrant.

"nous n'y sommes pour rien", me dit-il. "Il ne faut pas voir l'homme comme un enjeu pour la terre,

elle n'est même pas chatouillée par notre présence. Un jour nous disparaitrons et elle ne s'en rendra pas compte. A t-elle pris en pitié l'un quelconque d'entre les hommes pour le laisser vivre?"

Ces réflexions me semblaient folles. Comment la terre pouvait-elle être indifférente à notre sort? Nous étions des hommes de bien; des hommes bien, les derniers descendants des sarmanes des iles englouties. Nous avions pour ancêtres les tueurs de géants.

- C'est ainsi, Helrik, nous ne sommes que de pauvres bêtes, et nous devons faire avec. La violence fait partie de l'existence, c'est pour cela que les gens du sud croient au Démiurge.

- Mais la vie se montre habituellement douce et chaleureuse avec l'homme!Dis-je. Comment serait-elle le fruit d'un Esprit difforme?

- L'habitude? Hein... ça dépend pour qui. Nous autres à Eleutherpe, nous vivions libres, sans esclaves, en démocratie. Imagine ce qu'il en est dans les grandes cités du sud, où s'entassent les exclus de la donne des princes marchands. Je crois qu'ils souffrent assez pour penser que c'est un monstre qui a engendré le monde.

J'avais très envie d'argumenter pour oublier, mais je ne savais que répondre à cela. La démocratie était une conquête de nos aïeux. Nous reconnaissions cependant le sultan de Délys, mais nous votions nos lois. Il était seulement notre protecteur. Ailleurs, le monde était peuplé de serviteurs et de maitres.

Le temps nous dirait donc ce qu'il adviendrai de nous. Si la terre nous donnait de quoi nous abriter, nous chauffer et nous nourrir. Mais comme l'avaient fait nos prédécesseurs, ce serait à nous de résister face au malheur.

Le vent du sud souffla sur les battants de la porte du hall.

Une femme dont les larmes descendaient le long des joues portait le petit corps fragile d'un nouveau-né. La pluie goutta doucement.

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