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Mubarashta, chapitres 1 à 3

Publié le par Fabien Maisonneuve

Mubarashta, chapitres 1 à 3

1. De toute origine, il n'y avait que le dive Barbelô, le parfait androgyne, baignant dans ses vapeurs. Or les vapeurs furent attirées et sa lumière commença à se refléter dans leur infinité. Elle coagula en un dive, reflet de sa gloire, Noréa. Noréa cherchait à s'unir à Barbelô mais Barbelô demeurait plongé dans une indifférente méditation. C'est alors que Noréa s'accoupla à lui durant son sommeil. Elle lui vola ainsi sa semence et il en naquit Eldobos, le Démiurge.

Eldobos, fait de ténèbres était ignoré par son père et c'est pourquoi il commit le parricide : il sépara Barbelô de son corps, qui devint Dimitra la Terre, et qu'Eldobos modela pour en faire le lieu d'épiphanie de la souffrance. Puis de l'âme de Barbelô, Eldobos arracha l'essence et la découpa en fragments éparpillés -les Eydolûn- qu'il disposa dans la chair, façonnant l'homme pour les contenir et servir de prison et d'égarement à Barbelô. Ainsi fit-il de la vie humaine sa vengeance, rendant misérable l'existence de son père dans la matière.

Demeura néanmoins une part qu'il ne put posséder en son pouvoir, Eloah, « l’œil qui voit dans les ténèbres », lié à la Terre par la Fontaine de Vie.

Noréa fut prise d'un violent remords pour avoir donné naissance au Démiurge Eldobos. Elle avait vu naître dans l'horreur Dimitra et les Essences Démiurgiques, la terre, le feu, l'eau et l'air. Noréa œuvra dès lors à trouver les voies pour les doter toutes les quatre de sa lumière, et elle chercha à les transmuter. Ainsi créa-t-elle la Litanie Universelle, garante du Mouvement Perpétuel, et les essences s'animèrent en une alchimie par laquelle parurent l'huile, le charbon, la vapeur et les sables, dont les Essences Gnostiques sont la lumière, l'ombre, les reflets et l'esprit. Ces essences encore sauvages ne demandaient chacune qu'à être maîtrisées par un dive, mais elles seront disputées par les dives askyas et les dives apsurs : les maîtres de la pureté et les princes de la souillure.

L'homme trouva des nourritures sur la terre, qui se peupla. Ce fut le premier d'entre les peuples, les Dianxelites, d'où sont issus les sanghkorites et les pygmées.

2. Rageant, Eldobos s'arracha la peau, dont il fit une barrière pour Noréa, le Voile d'Airain. Ainsi elle ne pourrait plus modifier le monde tel qu'il l'avait déterminé pour l'homme. Ni lui ni elle ne pouvait toucher directement à l'homme, ni lui parler, ni se manifester à lui d'une manière quelconque sans prendre le risque de perdre eux-même leur divinité. Ainsi était conçu le Voile d'Airain.

Or déjà par ignorance, l'homme s'égarait dans l'oubli de sa déité, cédant au matérialisme le plus stupide. Noréa laissa couler une larme de feu en voyant celui-ci loin de la gloire passée de Barbelô. Inspirée par Eloah, l'essence sans existence, Noréa recueilli sa larme de feu pour façonner Amaruth, le Simurgh originel. Elle l'envoya sur terre malgré le Voile d'Airain, qu'il traversa en brûlant sa surface, laissant s'échapper la Fontaine de Vie, autour de laquelle se répandit le monde cosmique, que l'on appelle le Bârdo. Amârûth donna une plume de sa tête au père de l'homme afin qu'il écrive ce qu'il y avait sur terre, dans les cieux et le pourquoi de l'affaire. Il reçu ainsi le conseil d'éveiller son Eydolûn pour rejoindre Eloah par le Bârdo.

Voyant cela, Eldobos fut très en colère. Il saigna Dimitra pour créer la première race ghûl, les nisnas, qu'il chargea de soumettre les hommes à leur pouvoir et de s'assurer de leur souffrance. Puis il bâti la Citadelle de Mônrab au cœur du Bârdo afin d'y forger des armes célestes pour les nisnas, les astras.

Quand ceci fut accompli, Eldobos commit un acte funeste, violant sa mère Noréa pour la punir de ce qu'elle avait fait pour l'homme. Il voulait aussi engendrer, ayant résolu d'être assisté de sa propre race. Noréa accoucha d'une paire de dives.

Le premier né, Baal, fut la cause d'une terrible souffrance, et sa venue arracha des larmes à Dimitra qui contemplait Noréa au bord de la rupture, tant qu'un déluge balaya la prestigieuse cité d'Idaris qu'avaient bâtis les Almadorîn, civilisation soumise aux nisnas. Engloutie, son peuple se dispersa.

La seconde, Ishtar était gracile, et admira le monde, déjà désireuse d'y apporter sa touche personnelle.

3. Baal était joueur et il manipula les tempêtes. Il devint le Dieu-Foudre vénéré par le peuple Garnishkîn ; il influença la campagne de ravages et de pillages de Galarr le Terrible, seigneur parmi les nisnas du peuple Garnishkîn. Ishtar était demeurée jusque là contre le ventre de sa mère, où elle ressentait la paix de sa litanie. Elle entonna un chant lascif, par lequel le Bârdo se peupla de djinns qui descendirent inspirer les Garnishkîn de Pelaboria. Ils s'adonnèrent à la sexualité, qui se fit jeux et plaisirs dans lesquels leur brutalité s'éteignit. Se faisant, elle avait rendu le monde agréable à l'homme. Il trouvait dans l'intimité un réconfort à l'existence.

Eldobos en fut fou de colère et entreprit de tuer Ishtar, mais Baal s'interposa, provoquant un nouvel échec de leur père. Eldobos passa sa rage sur lui, le faisant passer par les flammes. Ses cendres peuplent les déserts brûlants et son âme angoissée forma les zéphyrs. Il ne resta à Eldobos que du ressentiment pour Ishtar qui l'avait doublement défait mais demeurait sa seule progéniture, aussi l'enferma-t-il dans une prison d'opale pour qu'elle devint folle et pervertie, afin d'en faire tôt ou tard une bonne recrue. Ainsi parvint-il à la diviser en elle-même, formant les lunes: Allât la Vierge Effarouchée, Ozza la Lascive et Manat la Moribonde.

Nostalgique, le chant d'Ishtar baigna les hommes et les djinns d'une triste langueur, et Eldobos fut satisfait. Les derniers Almadorîn pleuraient leur cité perdue d'Idaris et leur sort sous les coups des Nisnas et des Garnishkîn ; les Garnishkîn pleuraient leur force d'antan et la défaite de Baal. Les djinns, quant à eux, déploraient l'isolement de leur maîtresse, et le revirement de sa litanie. Tant bien que mal, ils tentent de perpétuer la litanie première de leur dive, et de maintenir les joies du monde.

Mubarashta, chapitres 1 à 3

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