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La révélation du chasseur

Publié le par Fabien Maisonneuve

Arasîl se trouva peiné de s'aventurer dans le bois des cèdres géants, aux abords du ksar. Il tâchait d'entendre la mélopée du monde pour s'accorder aux auspices, et capturer sa proie. Le voilà qui virevoltait dans les herbes hautes sachant éviter toute déchirure de la terre.

Un arbre cracha un jet de pétales. Paru une vieille femme à la chevelure argentée, nue.

Son corps était étrangement jeune, comme un objet de transfiguration.

Elle était munie d'une paire d'ailes diaphanes faite de la licence des nues. La femme sans age enfonça son blanc regard dans les méandres de l'âme du prince.

Perplexe, il se senti devant un miroir des âmes et se vit juge et parti de son existence. La sensation avait autant d'énergie qu'une révélation de soi.

Il se mit à entendre le tumulte des hommes et des femmes qui peuplaient les alentours comme s'il se trouvait dévêtu sous leurs regards, qu'ils contemplaient sans honte aucune son air et sa forme. A mesure que le bruit s'enflait de rage, il reconnu le murmure d'un torrent proche. Étrange affaire, il n'avait rien entendu en arrivant là.

La "Scie" -ainsi appelait-il la vibration du khandhjar- avait résonné.

La vision n'était qu'une statue, érigée là depuis des temps oubliés. Pourtant il l'entendait.

- Kaddar! Kaddar! Souviens-toi!

Arasîl plongea dans sa mémoire.

Il revit sa mère mourante. Le bruit des roues de la charrette qui l'emmenait au bûcher le saisi. Les flammes qui cernaient son corps endormi. Les fleurs brûlantes qui crépitaient sur le feu. Arasîl soudain perçu sa si longue solitude.

L'absence de tout être humain pour l'accompagner tant d'années durant sa croissance vers l'age de porter le titre d'héritier présomptif. Il en était même arrivé à la conclusion étrange que son isolement avait sauvé le destin des hommes. Il retrouvait toutes ses années dans le murmure et le délavé chromatique des ombres et lumières du lieu sous l'effet des larmes. Sensation d'être en présence du monde entier. Le nid de Byrakk, pic de Timra, les nuées du Haut-Mazighân avaient été son jardin secret. Le lieu où s'était cachée la peine. Alors qu'il les avait quittés, il devait y faire face à nouveau, réapprenant la langue des hommes et la mémoire des années du palais, avant l'incident du ballon.

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