Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les raisons d'être

Publié le par Fabien Maisonneuve

On n'écrit pas comme on se lève le matin, sur un coup de tête ou par incitation sociale. On écrit pour "dire" pour lancer un signal d'existence. Cette saga a donc des raisons d'être ancrées dans une profondeur intime. Il ne s'agit pas d'édifier, il ne s'agit pas non plus juste de divertir.

Je ne suis pas du genre à faire le clown, et bien plus épris de compréhension que d'apparences.

En me lançant dans Gandariah, j'ai voulu ouvrir le champ de ma connaissance et de mes perceptions à une lecture universaliste en application. J'ai voulu faire de l'autre mon héros et non mon ennemi, en lui dessinant un visage idéal. Pour y parvenir, je suis allé chercher ce qui m'a semblé être les perles de sa ou plutôt de ses cultures, les instants de grâce qui baignent mon inconscient de désir pour cet étranger.

J'ai également cherché à y inscrire ma légende personnelle, m'identifiant au héros de la Légende de la Perle du manichéisme, au Jésus des nestoriens et des docétismes, aux héros du Shahnamèh, aux anges de l'islam, aux oiseaux des poètes persans, aux précieux guides spirituels d'un soufisme de fantasme.

Je veux aussi exorciser mon côté sombre, mon regard dramatique sur l'histoire, sur l'humain, sur la vie. Ma mythologie rappelle A Song of Ice & Fire bien qu'elle ait pour fondement la doctrine de la gnose sethite de l’Évangile de Judas. C'est parce que je suis un déchu, un Icare, trop croyant, trop déçu, et vidé de toute confiance envers la seule écoute du coeur, séparé de mes semblables par un monceau de négativité accumulé, par la télévision, par la vie.

Il y a deux manières de traiter la négativité: la nier par la méthode Coué et la calciner dans l'expression des tourments. Longtemps j'évacuais en faisant monter ma plainte et en attirant l'attention de mes amis sur mon mal-être. Une telle chose est sans aucun doute usante. Alors il faut sublimer autrement que par la mise en scène. J'ai mis en musique cette douleur intérieure à travers un mythe qui donne le ton de l’œuvre, un mythe qui montre des dieux à l'image des hommes, un mystère cynique dans tous les sens du terme, où l'on ne se voile pas l'horreur que représenterait l'existence de déités à la source d'un monde si mesquin et violent.

J'ai voulu glisser dans ce roman quelques remarques sur notre temps, là où le progrès est mis à mal, là où les vieux réflexes de domination s'expriment le plus ouvertement. J'ai voulu un monde archaïque et pourtant sage, une Rome de l'orient. J'ai voulu le placer dans une situation périlleuse, car les plus sages et les plus éclairées des élites du monde arabe ont maille à partir avec une barbarie en pleine ascension.

J'ai voulu ainsi vous mettre dans la peau de tous ces esprits libres sous occupation qui propagent des convictions révolutionnaires sous le manteau de la fable, comme ce fut le cas du Roman de Renart, du Tartufe et des Lettres Persanes. Une vieille tradition qui veut que l'on ne parle pas trop directement du tyran lui-même pour mieux s'accorder une chance d'aller au bout de son opinion.

J'ai voulu rappeler que la source de toute force, de toute motivation, de tout progrès, c'est l’égo. L’égo est la pierre philosophale, brute. L’égo a besoin d'être travaillé à la tâche pour être taillé en personnalité et devenir en soi le chef d’œuvre de l'artiste. Mais c'est d'un déficit de respect de soi-même que viennent toutes les carences de la société.

J'espère que mon intention trouvera un jour un écho puissant, qu'on verra dans mon œuvre une arme de savoir massif et d'imagination endémique pour contrer la bêtise et la mauvaise foi.

Je vous livre donc ma prose, et quand bien même elle demande des efforts pour être pénétrée, elle est le résultat d'un esprit puissant animé d'une volonté féroce de changer le monde.

Commenter cet article