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Tywakk à Nafis-An-Ke

Publié le par Fabien Maisonneuve

Tywakk le rokk se remémorait les paroles de Nabbat, reine élue des simurghs du pic de Timra.

Il devait rapporter les paroles d'engagement lancées à Flanah par Byrakk le simurgh. Les zéphyrs sur le chemin l'avaient instruit du sort du jeune promis à la monte du rokk, le prince Sayuddin, et surtout, de Voladim el-Moldari, le Regus du Bazilan, porteur des Cinq Astras Suprêmes.

Celui-là était désigné par les nues pour porter un jour nouveau sur l'empire, avec le soutien de ceux qui avaient tenu bon dans le parti de la confédération, et les impériaux qui n'avaient pas cédé aux avances de Shayatz.

Il fallait retrouver la lumière, coûte que coûte. Ses ailes firent de grands mouvements, des longueurs dans les vents, tandis que ses teintes claires illuminaient l'azur au dessus de la plaine désertique de Nafis. Il était passé dans une porte naturelle des montagnes qui jouxtent le grand fleuve du Shadiraï, l'Amra. Quelque part entre Izkandaraï et Zenzoumar.

Il rejoignait les pyramides oubliées.

Les vestiges tardifs de la civilisation almadorine sont concentrés sur la côte du Mahanistan. On y trouve un livre de pierre qui conte l'apogée des nisnas et leur domination de l'humanité: il s'agit de la cité maudite de Bahavnagar où plane encore un pouvoir perfide capable de ronger les esprits. Cette seconde civilisation almadorine, prompte aux sacrifices humains fut suivie d'un éclatement et d'un déclin des techniques, essaimant des cités-états comme Qeramish ou Nafis-An-Ke sur tout le continent gandari.

Ces lieux lugubres à demi oubliés sont contournés par les routes caravanières, car considérés comme hantés par le mal. Pourtant, l'énigme que représente la civilisation almadorine poussent la confrérie sérapéenne à mener des fouilles archéologiques, et nombreux sont les chercheurs de trésors qui espèrent recevoir un tas d'or en rapportant quelque artefact exceptionnel dans les vestiges almadorins. On raconte que leurs cités étaient bâties autour de temples et de pyramides édifiés comme mausolés des rois nisnas, et certaines tribus honorent encore les pactes qui les lient à ces sépultures en y offrant les victimes de leurs razzias capturées sur les routes commerciales.

Les fennecks bleus écarquillaient les yeux sur la lumière qui descendait. Tywakk s'interrompit pour s'adressser à eux. Ils plongèrent mutuellement leurs regards. La connexion s'établit. le lien spirituel de leurs alliés les humains se fit sentir. Ils étaient non loin, en tenue de combat, perlant comme des gouttes de sang sur le sable. Il attaquaient les escortes de marchandises du grand commerce. Le soleil brillait lui aussi, et ses rayons d'argent constellaient des immensités nuageuses. Le temps de l'orage, la saison des tempêtes. Elle avait ici un caractère délicat, particulièrement puissant, saisissant l'âme. Tywakk compris l'importance de s'entretenir avec les habitants du lieu.

Au loin, dans les mausolés d'or, séjournaient les nisnas survivants, du peuple vampirique.

Lorsque naquit Ishkaladar, les descendants d'Aramidras étaient innombrables. Ils avaient tissé des liens claniques puissants sur tout Gandariah, et tous leur étaient redevables pour la traque des apsûr. Mais le fléau d'Ahriman approchait. Ahriman avait patiemment enseigné à la lignée de Bahavnagar l'art nécromantique. Les nécromants avaient reçu pour enseignement secret de devoir attendre l'ordre de réveiller les Condamnés, ceux que Kenob avait fait enfermer dans des sarcophages à Bardahut. L'ordre était donné de les lâcher contre le chef attendu de la lignée d'Aramidras.

Quand Jaliar, père d'Ishkaladar fut érigé en Roi de Pelaboria et protecteur des mille tribus, Ahriman cru son heure venue. Il fit libérer l'armée des morts. Les momies se déchaînèrent. La « guerre des morts » commença. Les momies étaient nombreuses mais faibles. Lâchées sur Toldoba elles firent un véritable massacre. Jaliar réussi à protéger son fils Ishkaladar, et à en exterminer un grand nombre, grâce à la pyromancie. Les nécromants comprirent qu'ils ne pouvaient pas lutter contre la magie enseignée par Aramidras, et se tournèrent vers Ahriman. Celui-ci offrit alors aux momies un espoir de connaître un regain de puissance : boire le sang des descendants d'Aramidras. Tous les fils du ciel furent traqués et attaqués dans des embuscades de plus en plus audacieuses.

Les momies qui burent le sang des fils du ciel devinrent des vampires. Ils disposaient alors du souffle d'Ahriman et du prana de Mezdahor. Ils commencèrent à s'affronter et à se défier pour avoir le plus de sang possible de la lignée des fils du ciel. Les nécromants n'avaient plus assez d'emprise sur eux, et les vampires massacrèrent tous ceux qui tentèrent de les contrôler. L’œuvre d'Ahriman s'accomplissait. Peu à peu, il ne resterait plus de descendant d'Aramidras et c'est tout ce qui importait. Jamais Gandariah ne serait ligué en un empire capable de défier son emprise sur l'humanité.

Vint le jour où les plus empressés des vampires attaquèrent Eleutheria pour anéantir Jaliar. Ils y parvinrent, mais Ishkaladar invoqua les cimeterres de feu et pu les vaincre. Après les funérailles de Jaliar, Ishkaladar compris qu'il n'aurait de repos que lorsqu'il aurait vaincu le Clan Nocturne. Il s'empressa alors d'accaparer le pouvoir sur toutes les tribus, et d'étendre un empire sous son autorité. Il chercha un moyen d'anéantir le Clan Nocturne et s'interrogea sur la possibilité d'enflammer les lunes. Réunissant les plus grands mages, il parvint au rituel des Lunes de Feu.

Une grande partie des vampires péri cette nuit là , mais d'autres parvinrent à se cacher et surent alors qu'il valait mieux pour elles passer inaperçu, car les pouvoirs transmis par Aramidras étaient bien trop grands. Sans eydolun, il ne leur serait jamais possible de lutter sur ce terrain.

Les vampires étaient immortels, dénués d'organes vitaux. Ils possèdaient la force et la rapidité d'un léopard géant, ils pouvaient lire et contrôler l'esprit des hommes, adeptes de sorcellerie pranique. Ils pouvaient voler, se changer en fumée, ils voyaient dans le noir le plus total, mûs par des sonorités subtiles du prana, et buvaient le sang humain. Ils ne craignaient que le feu et la lumière du soleil, point faibles qu'ils partagaient avec tous les mort-vivants.

Les vampires cherchaient le sang le plus pur : celui qui s'était illuminé par la grâce de la semence d'Aramidras ou d'un suivi diligent des lois de l'intégrité. Il était important pour eux que l'humanité suive les voies de l'intégrité, afin de pouvoir bénéficier d'une nourriture de qualité. Les vampires ne pouvaient se nourrir d'un sang impie. Ils ne pouvaient pas non plus affronter le pouvoir des dives, qu'ils soient askyas ou apsûr. Les vampires cherchaient avant tout à répondre à leurs besoins personnels, et disposaient d'assez de pouvoir pour assouvir leurs désirs.

En outre, Les vampires transmettaient le don impie en donnant leur sang à un homme après l'avoir tué et avoir effectué le rite de nécromancie. De fait, les vampires étaient devenus des maîtres nécromanciens. Ils se saisissaient des morts dans leurs suaires avant qu'ils ne soient brûlés et mis dans leurs urnes, ce qui en laissait assez peu, et était flagrant. Pas d'armée des morts, à moins de bénéficier d'un champ de bataille.

Ici dans les faubourgs encaissés de Nafis-An-Ke, dans cette cité au style ancien de temples colossaux, dans des casbahs, vivaient les nafsilim, sous un soleil qui dardait ses rayons brûlants. Cette région ensablée -où les habitations des pauvres erres étaient d'anciens sanctuaires abandonnés- conservant de nombreux secrets - contés par les scènes de bas-reliefs au seuil de l'effacement et les glyphes élaborés qui narraient dans une langue oubliée les temps anciens, composant des "chiffres" talismaniques perdus, aux effets sans doute dévastateurs, ou peut-être merveilleux.

C'est dans certains édifices décorés, ornés de rigoles alimentés par des chaddouf que se trouvaient les fontaines d'âme, ainsi qu'on les nommait. Elles apportaient la bonté à la terre, et aux êtres incarnés. Elles se chargaient des résidus praniques, touchant tant les corps que les âmes, ainsi que le feraient des globules de sang pour évacuer les scories de l'organisme. L'eau, la vie. Les nafsilim en avaient besoin, malgré leur cloisonnement. Certains partageaient leurs demeures en communauté, à l'écart de l'agitation. Les fruits d'une activité humaine lucrative. Ils étaient à l'abri de toutes menaces par leur discrétion, et par bonheur, Yakal Khagan regardait ailleurs, vers Zenzoumar.

Tywakk entama son envol vers les mausolés lorsque son attention fut prise par le mot qu'un zéphyr lui glissa.

- Ne regarde pas le blanc des yeux.

Tywakk fut surpris par cette consigne. Il avait besoin de savoir aussi quels genres de créatures se trouveraient face à lui. Se soumettre ainsi était une perte de temps pour les nuées du pic de Timra. Néanmoins, il compris que c'était là une chose qui se faisait. Seule une âme communiante pourrait échanger un regard. Il devrait s'agir du prince Sayuddin, mais rien n'était écrit. Ce n'était que l'état des lieux discerné par l'eydolûn.

Combien y avait-il d'espèces magiques rares à Nafis? Les nisnas vampiriques, les nafsilim, les mudjun à la peau dorée... et ces petits fennecs bleus. Tywakk, un rokk suivant la voie des simurgh. Byrakk et son peuple voyaient pas ses yeux. Il devait regarder tout cela, et accepter qu'en ambassadeur, il prenait des risques. Les zéphyrs chargés d'éclairs frapperaient si le malheur se préparait contre lui.

Il vola jusqu'au sanctuaire de Tell-Barqal. Là se trouvaient des rakshasas exilés du Khâmalima, région inhospitalière du Bardô, soumise aux guerres perpétuelles du dive qui les y avait créé par rituel: la terrible Garuda.

Les Hommes-Lions, ou Rakshasas, étaient habitants de la Sphère de Khâmalima et des régions désolées qui s'étendaient dans le Shadiraï, le Mahanastân et le Baktrân.

Les rakshasa choisissaient des plaines dégagées, idéales pour leur mode de vie qui s'organisait autour de la chasse. Leur société était régie par un daimyo local, qui dirigeait l'ashram, sous les ordres du Mahashagar, le grand roi rakshasa de Khâmalima. Celui-ci n'entretenait pas de rapports réguliers avec les daimiyin, se contentant d'une "visite", tournée décannuelle.

La vie était rythmée par les entraînements martiaux, les joutes et les olympiades en milieu sauvage. L'artisanat des rakshasas était très rare et concernait surtout les bijoux d'os, de pierre, de cuir et d'ivoire, ainsi que l'édification des yourtes. Par respect pour la nature, les rakshasas déplacaient régulièrement leur campement, refusant une totale sédentarité pour laisser "Fü", la nature, reprendre ses droits sur les terres occupées un temps. De cette manière, ne se posait jamais le problème de l'héritage d'une maison, car on rebâtissait tous les ans, au printemps, un nouvel habitat en fonction des nouveaux besoins, et la tâche concernait toute la communauté de l'ashram. Ici les hommes-lions avaient choisi d'habiter les temples abandonnés enfoncés dans les montagnes, ou des lieux ensablés propices à la sédentarité.

La cuisine rakshasa était riche en plantes médicinales, cuisinées avec art dans des bouillons; ceux-ci étaient bus à la paille de bambou, une fois le plat, de viande ou de poisson, partagé.

Les rakshasas se servaient de la lance-harpon, tant pour la chasse que pour la pèche, mais ils maniaient également le sabre, par tradition guerrière. De fait, leurs nombreux bras les conduisaient à joindre ces deux armes dans leur art martial d'une vélocité extraordinaire, un combattant étant vite épuisé face à leurs assauts.

L'honneur des rakshasas reposait dans leur autogestion, plus globalement dans leur farouche autonomie. "Un rakshasa ne doit rien à personne, si ce n'est à Fü" dit la loi des hommes-lions.

Le peuple rakshasa partageaient unanimement le triste sort d'être inféodé par la force au peuple djinn de Khâmalima. Vivant très mal cette servitude, beaucoup avaient migré en Gandariah. Les autres devaient servir de janissaires aux djinns pour prévenir une invasion du rusé peuple des vanaras, les hommes-singes de Khâmalima, serviteurs encore fidèles à Garuda. Étrange alliance, car les djinns ne peuplent pas le Bardô, mais le Saïar, le monde intermédiaire.

Malgré leur stature militaire, les rakshasa ne s'étaient jamais rebellés, sachant qu'il leur en cuirait de par la puissante magie des djinns sur le "Monde des Désirs", le Saïar, pouvant affecter Khâmalima. Et même tout le Bardô, le plan des âmes désincarnées. Ils entretenaient un puissant charme qui le reliait à Gandariah.

D'après les légendes, Garuda était une adepte du Néant de Par-Delà. Les vanaras étaient contre eux dans une lutte destinée à réduire le monde au néant. Les rakshasa ne l'acceptant pas avaient confié leur emprise karmique à Mahashagar, leur grand roi, siégeant dans une alliance à la Fontaine de Vie du Muntaha, entretenue par les djinns. Il a dû accepter leur règne sur son peuple pour s'émanciper de la dive apsûr monstrueuse qui les avait créés.

Le daïmio se redressa de tout son long, dans sa vêture de lin, pour accueillir le rokk en visite.

Vieux sage, il paraissait jeune, vigoureux. Il avait avec lui son peuple, qui ici, était en harmonie avec une petite communauté de nafsilim tenus à l'écart des hommes par les vampires nisnas. Ceci car les nafsilim étaient tenus pour piètres pratiquants des voies de l'intégrité selon les critères du Démiurge.

C'est là que chacun se leva, n'aillant jamais contemplé un rokk, et il leur paru majestueux.

Un instant les couleurs des simurghs le couvrirent de leur omnipotence.

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