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Le Départ d'Arasîl

Publié le par Fabien Maisonneuve

- Arasîl -

Le djinn de Zana doit avoir saisi mon fluide, car elle attire immanquablement les attentions de toute la soldatesque. On va maintenant lui cueillir des fleurs pour tenter de l'amadouer. Elle en décore la maisonnée, ce qui m'est insupportable. Tuer des fleurs, pour une femme qui est mienne. Quels trophées funestes que ces attentions envers elle; quelle absurdité à mon encontre. Je n'ai pris que ce que disait la nature. Eux veulent forcer les choses. Eux, ces vautours, ces urubus macabres. Eux les chiens qui sont prêts à tuer pour avoir le pouvoir sur nous, les rayat. Oui, je suis un rayat. Je ne vois pas ce qui fait la différence, ma naissance n'y change rien.

C'est la mélancolie qui s'empare de moi, maintenant. Je ne peux rester là. Il me faut prendre le large. Il me faut décoller de ce mausolée de l'âme qu'est cet amour interdit en lutte contre les désirs brûlants du monde, attisés pour ma seule survie. Il me faut la laisser se placer avec Zahik. Il me faut m'effacer, quelque part...

-- Arasîl, dis-moi, me surprend Malamîn. Aurais-tu quelque sombre pensée, présentement?

-- Je ne vaux rien de ce qu'il faudrait valoir pour mériter le monde, ou du moins l'empire. Je suis un rayat. Comme vous.

-- Ne néglige pas ta naissance, Kaddar. Tu fus et tu reste un héritier présomptif. Gardes-toi de la faiblesse de te croire aussi mortel que nous, car en outre, tu es nourri du sang des simurghs et oint de leurs larmes. Cela vaut bien tes malheurs. Ta destinée n'en est qu'à son point d'initiation.

J'égare mes pensées dans la foi de ma non-vertu.

-- Kaddar, écoutes-moi.

-- Arasîl. Je m'appelle Arasîl. Ô Malamîn, j'ai commis l'erreur de vivre caché des hommes, mais nul secret ne peut le rester longtemps. Déjà mon coeur bondit; il trésaille de crainte.

-- Je vois... ô mon enfant, ressaisies-toi et quitte tout de suite les murs du ksar, où il arrivera un malheur sur nos pauvres têtes!

-- Elle ne veut pas que je l'abandonne entre leurs griffes.

-- Kaddar, entends-moi!

-- Je T'ENTENDS!

Malamîn se met à trembler fébrilement. Il ne sait plus que dire. Soudain:

-- Tes désirs éprouvent ma fille, mais ils vont bien au delà. Ta destinée te permets d'autres avenirs que de demeurer avec elle, ailleurs, une autre, mieux née, t'attend.

-- Mais qui, et encore, qu'est ce que j'en ai à faire? C'est Yunanila qui...

Je viens d'émettre un son malgré moi, comme en proie aux zéphyrs. Qu'ais-je dis là? Je m'interrompt.

-- Par le très saint Aramidras, qu'as-tu dis?

-- Je ne sais pas... je...

Malamîn s'agite d'un coup, commence à ranger mes affaires.

-- Tu... tu dois partir immédiatement... pour Kiddom. Tu... tu prendras un bateau pour Akazame, et d'Akazame tu iras à Alhombre, et d'Alhombre... A Elludorine. Le destin.

-- La peste soit du destin!

-- KADDAR!

Je n'en peux plus. Il veut frapper de stupeur. Je ne cherche pas à me défendre, mais le fixe du regard. Il ne peut. Il ne peut porter le coup fatidique. Je comprends qu'il me faut partir dans l'instant. J'ai été le jouet des passions. Maintenant je comprends que la promesse des repos dont parlait Fereydoun au sujet des femmes s'accompagne des pires tourments. Je suis un rat qui veut se glisser dans les draps. Ce n'est qu'un cauchemar. Par Mezdahor et par Shamash, quelle abomination ais-je commis? Ce ne fut qu'innocence. Innocence et beauté...

-- Alors à jamais. Je m'en vais. Prend soin d'elle.

-- C'est ma faute. Je n'aurais pas dû mettre le village entre vos mains. Vous n'êtes que des enfants. J'aurais dû vous laisser partir et faire quelque acte politique pour tenter quelque chose. -- Ne me retiens plus, vieil homme. Cela n'aurait aucun sens qui vaille la peine d'être exploré, car cela n'est pas. Ce qui est prime. Je m'en vais. Qu'Ishtar veille sur toi.

C'est ainsi. Je m'en vais rôder dans les recoins du ksar, la nuit arrivant. Je n'ai pas croisé ma Louve. Je files en écoutant le murmure des gardes. Comme je suis rentré ici sur la pointe des pieds, ainsi donc j'y fais mes adieux de la sorte. Zana! Elle...

Elle est avec Zahik. Il lui tient le bras, et l'effleure. Elle ne fais pas mine d'éprouver de gène. Ce djinn, maudit soit-il. Je ne peux le supporter. Là, un caillou. Lancer. Se dissimuler. Voilà. Attendre.

-- Zana, ne restons pas là, je sens qu'un piège se prépare.

-- Pardon mais il n'y a rien à craindre de vos hommes, ni des gardes, vous êtes...

-- Votre frère et les villageois m'auront tendu une embuscade.

Héhé. Je n'y avais pas songé. Puisse Zahik... non, je ne peux maudire cet homme. Il s'est conduit comme un frère. Mais alors... oh non...

-- Je dois m'en aller, capitaine.

Elle sort. Je m'interpose devant elle.

-- Arasîl, mais...

-- chut....

-- ?

Zahik m'a vu. Il comprend, nom d'Eloah! Rage que cette affaire! Voilà qu'il se dresse de tout son long, et porte l'épée à son fourreau!

-- En garde, faquin!

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