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Le Lever de Zana

Publié le par Fabien Maisonneuve

Zana se levait doucement de sa couche, endolorie par une position fragile de la tête sur un mince oreiller. Frêle, elle se redressait et prenait une grande inspiration. Elle partait aux tâches du jour, chercher l'eau à bouillir pour le thé du matin.

Elle trouva dans la cour Arasîl et son officier échanger des frappes d'épée. D'abord apeurée, elle saisi qu'Arasîl apprenait l'art du combat auprès de sa victime. Ces deux là s'étaient trouvés; un officier compétent dans l'art de la guerre, un prince sans éducation mais destiné à régner sur l'empire. Le parfum du musc des deux hommes embaumait l'air frais du matin, et Zana s'enivrait du spectacle. Elle s'en arracha pour retourner à ses tâches. Arasîl avait eu le temps de l'apercevoir se délecter. l'héritier présomptif avait les muscles noueux qui saillaient sous ses vêtements fins.

Elle tirait l'eau au puits et la portait dans un chaudron de laiton en tremblant à peine. Elle était vaguement en colère contre les soldats, et espérait que ses deux cœurs battants leur donneraient une leçon. Elle se rêvait en reine parmi cette population, derrière les murs du ksar.

Il y avait pourtant d'autres jeunes filles qui admiraient les deux hommes luttant d'adresse et de puissance, de vaillance et de ruse. Arasîl appris rapidement le maniement de la lance, du bouclier, de l'épée, du sabre. Il savait déjà manier l'arc et la dague. A ce rythme il serait bientôt capable de défaire les Faucons d'Airain eux-même.

Arasîl la faisait rougir, mais Zana n'était pas la seule dans ce cas; c'était un vrai Joseph. Il ne lui manquait que la parole. Car c'était un jeune homme taciturne. Il ne faisait pas tout ce cirque, toutes ces belles promesses que l'on attendait d'un homme. On avait envie de rêver et de croire que le temps du rêve durerait, et lui incarnait ce rêve sans jamais l'y faire entrer; elle où toute autre.

La Louve avait envie de céder à ses avances rien que pour sentir dans la chaleur de ses caresses le réconfort qu'elle attendait. Sa vie avait été rythmée par les traversées des immensités des prairies de Tamaz. Pourtant elle s'était souvent sentie appelée à connaître les secrets du monde des oiseaux que son père adoptif, Malamîn, lui avait fait découvrir. Arasîl en était le fruit, mûr pour le monde des hommes. Un fruit sauvage. Pur. Zana voulait s'envoler dans son monde, et, comme il le disait, faire couple, faire nid.

Un malaise entrait dans sa tempe, comme une douleur, un muscle tendu, ou un mal noir.

La souffrance de sentir dans cette tension comme quelque chose de malsain en elle. était-ce la cas?

-- Illusion de l'esprit, ma fille, lui souffla Fereydoun. Ton cœur tressaute mais tu doutes de ton propre bien. Ne laisses pas ce côté sombre, celui de la mémoire, triompher de ta lumière. Kun!

Zana se sentie soulagée, et senti l'air frais descendre en rafale sur elle. Fereydoun continuait à lui assurer sa présence. Le feu crépitait, l'eau bouillait. Il était temps de la verser dans la théière.

-- Allez, "frère"! Viens, c'est le moment de prendre le thé, tu t'es levé sans prendre le temps de dire bonjour. On ne se bat pas aux aurores le ventre vide! Il y a du pain de ghars et des baies. Viens prendre le thé!

Les soldats se rirent de ce rappel au foyer.

Malamîn servit le thé à ses deux jeunes enfants adoptifs, qui se regardaient avec une naïve concupiscence.

-- Aujourd'hui mes enfants, je voudrais que vous vous rendiez dans la forêt des cèdres pour y trouver un rossignol, et lui demander de porter vos paroles aux Oiseaux de Chances, tes pairs, Arasîl. Afin qu'ils connaissent votre situation et ce qui convient le mieux. Portez lui la requête de Tamaz. Nos villageois ont besoin d'une protection plus durable contre les gardes asrati.

-- Peut-être est-il temps de les considérer autrement, se risqua le fils de Kaddar.

-- Nul ne peut se fier à eux, ici, fit la Louve. Ils forniquent avec les chèvres.

Malamîn recracha net. Le thé chaud lui trempait les jambes.

-- Nous verrons cela. En attendant n'oubliez pas que vous deux, vous ne pouvez jouer avec mon humeur. Ne me prenez pas pour un âne. Vous avez mieux à faire que de vous tourner autour. Allons!

Zana souriait en renfrognant son regard.

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