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Aqlah et les Armées de Bilal

Publié le par Fabien Maisonneuve

Les sanghkorites se délassaient à Aqlah, pots de bière en main; les tuariks de leur armée quant à eux comptaient déjà le butin.

On répartissait les fortunes prélevées et l'on préparait un convoi pour les routes de fibre, afin de ramener aux familles du pays shamite les gains de la victoire. Le chef Bouroudja était en colère contre le monso. Celui-ci avait refusé de réduire les captifs en esclavage et en avait fait les sujets de son tout nouveau lieutenant: Hamilcar. Il espérait les voir combattre, en définitive, pour disposer d'un Émir digne de ce nom; un mâle guerrier. Bilal avait fait arracher la peau du zébu du raïs d'Aqlah pour la tendre sur un siège décoré sur lequel il avait placé le bâtard.

Les heures martiales appelaient la ruse, et alors que les chefs shamites de Sanghkor doutaient des vues impériales de Bilal, celui-ci voulait gagner les mazighani à sa cause en leur offrant un chef de leur peuple, légitime, comme son subordonné d'une fédération nouvelle. Hamilcar était encore en proie au malaise. Il se dressait contre son propre pays, et devait enrôler des troupes dans le peuple pour affaiblir l'autorité de la capitale. Une charge qui nécessitait de se montrer sous un jour de terreur, alors qu'il avait encore le visage tuméfié.

Pour l'heure, il n'avait sous sa garde que les survivants de Aqlah; une poignée d'hommes, dont ces châtrés d'éphèbes qui les avaient dénoncés via l'envoi d'un aiglon. Après les avoir dotés en armes et cuirasses, il commençait à les faire manœuvrer aux défenses de la ville, sous commandement d'un officier tuarik. Les femmes en étaient réduites au travail d'artisanat nécessaire à la refonte des défenses urbaines. Elles trimaient comme de pauvres porte-faix, quelque soit leur rang social. Ce n'était pas pour déplaire aux rayat.

Les heureux vainqueurs se lavaient dans les eaux calmes du fleuve du Héron. Les sorciers shamites étendaient l'influx de leurs imprécations sur les navires fluviaux qui partaient garantir la subordination des villages des rives. Il était convenu qu'une fois le butin équitablement réparti entre les tribus, les tuariks attaqueraient les villages situés dans les basses-terres, en aval des montagnes, au nord du fleuve. Ils devraient porter un message: "soumettez-vous à Hamilcar ibn Aghalar, votre Émir, et à Bilal, votre Empereur, ou mourrez". Le bâtard avait plus que des soupçons sur les malveillances que choisiraient les tuariks pour se faire comprendre.

Il y avait dans la ville plate bordée de palmeraies des ombrages où se tenaient les palabres. Les chefs du Baoga réclamaient à l'envie de partir affronter les mazighani du nord au plus tôt, ceux de Yoroumbi exortaient à prendre le pouvoir de wali sur les vaincus, ceux de Djouyouga étaient sous la férule de Bouroudja qui se placait comme gardien consacré des intérêt de Sanghkor par delà les vues du monso, Soûnraïa était loyal, Hassouas avait des chefs affaiblis par des querelles anciennes concernant Bouroudja, qui semblaient ne pas vouloir trouver de terme. Dans ce chaos des tribus, il devait émerger un ordre, et c'était celui d'être enrôlés dans les troupes d'un monso capable de défier le monde par delà les Routes de Fibre. L'incarnation d'Abil, l'Ancêtre Primordial, le Primogène.

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