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Balad-al-Jamah

Publié le par Fabien Maisonneuve

Muhaymin résidait à Balad-al-Jamah depuis le mois de Adar, où il avait quitté les murs de la Belle du Coeur-Royaume. Il y avait entendu l'assemblée des délégations. Ici étaient réunis depuis les temps de la Confédération Royale, avant la guerre des trônes, les émissaires de tout l'empire. C'est d'ici qu'il devait servir les desseins de Kaddar Kalderade, IIe du nom, Roi des Rois. Qu'était-il devenu? La quête lui interdisait cependant de jeter les yeux en arrière. Ici, il y avait notamment foule de bazilani, d'alamites du nord du Tahughutân, de shadirites et une multitude de navigateurs pélaboriens.

C'est d'ici que Muhaymin, établi sur les quais, à la capitainerie, portait son titre de Cimeterre d'Or au service de la résistance aux kshayatrim. Il était entendu ici que jamais l'on ne tolèrerait que la secte s'adonne à ses pratiques, mais pourtant la cité était pleine de ses fruits: le culte d'Ishtar avait couvert de son aile des dissidents pranistes il y a peu, lesquels usaient de leur art à des fins privées. Muhaymin avait rendu le nettoyage possible en faisant comparaître les responsables devant les autorités patnajalîn.

Les pranistes s'étaient alors immédiatement convertis à ses arguments. Ils cessèrent de faire parler d'eux. Ici, la ville était régie par des habitants soucieux les uns des autres, de face comme de dos. De la sorte, Balad-el-Jamah était en soi une phalange tenue à l'abri, en apparence. Les troubles, comme dans toute société, intervenaient ici et là, mais le sentiment commun d'appartenir à une histoire, un héritage, une voie, transcendait les intérêts particuliers.

Le Pèlerin de l’Épée était ici reçu comme le dignitaire le plus à même de diriger les troupes de citoyens, les Cohortes. Il y avait seulement de certain que Balad-al-Jamah était retranchée sur ses défenses, sur terre essentiellement, sous la menace conjointe du Tahuguthan tout proche et de la Horde Noire établie à Izkandaraï depuis le mois de Rajab. La tactique était celle de la non-intervention, et de la diplomatie avec les forces loyalistes, au premier rang desquels le seul royaume unifié demeuré intact de ce côté-ci du sous-continent: le Bazilân.

Voladim el-Moldari était le tout désigné libérateur qu'il fallait engager dès lors que la Horde lèverait le camp vers ses autres buts. Des murmures circulaient. Les ahorites clamaient à qui les écoutait que les adeptes des dives apsûrs voulaient ouvrir une faille dans les limbes mêmes, vers le néant, ou bien qu'ils allaient assécher la Fontaine de Vie qui unifiait le monde terrestre au Muntaha des pieux; refuge des âmes pures du jugement dans le Bardô. Les alamites qui commerçaient encore avec Atka'ab avaient rapporté qu'un astre noir avait chu à quelques mètres d'altitude au dessus de la cité du delta du Gihadjam, depuis que s'étaient retirées les nuées du "soleil d'Ahriman".

Raison suffisante pour Muhaymin d'écouter les kalandars, seuls adeptes de l'Equilibre, qu'il s'agissait de garantir en tout premier lieu. Fereydoun devait être éclairé sur la bonne marche des choses. N'avait-il pas dévoilé son titre de Roi-Mage et fait démonstration de ceci par imposition des mains? Muhaymin avait visité la mémoire du descendant d'Aramidras.

Il y avait même vu les frontières qui précédèrent la naissance du Bazilan et du Shadiraï. Des cités-états, partout, comme au Baktrân. Chaque Ra'is ne connaissait aucune administration à lui supérieure. Ainsi en était-il au commencement de cette longue existence qu'un instant il admira.

Quelle autre option se présentait encore. Le Serment du Trône de Diamant était formel, la volonté des malakim du plérôme était fixée depuis leur descente. Révéler Eloah. Élever l'âme. Par le bon, le juste, en se séparant de l'ivraie. A tout jamais. L'homme en était-il capable? L'histoire montrait le marasme, la lutte permanente, et s'achevait pour l'instant sur une défaite du camp de la lumière. Rétablir la lumière d'Eloah dans les coeurs. Ramener l'harmonie. Asseoir l'Equilibre, Faire couler la Fontaine de Vie pour abreuver toutes les soifs. C'était aussi le pourquoi du départ à l'ouest de Fereydoun.

Oui, tout cela, Muhaymin en était conscient, mais il fallait agir maintenant, et pour le mieux, servir. Un pélerin de l'Epée se doit de servir, sans jamais se déshonorer, ni déshonorer la chevalerie. La question cruciale de toute politique à mener n'était finalement ni dans les lois de l'intégrité, ni dans celles de l'honneur, ni même dans celles du pouvoir.

Elle était dans les lois de l'amour. Il était temps de tirer les leçons de tous les excès du monde et d'entrer dans la loi de Barbelô, la loi de la lumière.

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