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Somptueux Malentendu

Publié le par Fabien Maisonneuve

-- Zana --

Il avait été de toute beauté, de toute bonté, de tout désir, de toute force, de tout amour, de tout...

J'en perdais mes repères. Je retrouvai le dieu par delà les dives.

Oh Eloah! Quel homme! Il m'a pris avec tant d'instinct, tant donnant de lui en une sainte étreinte, me laissant aller à ma guise. Me donnant du chant dans l'âme. Pourquoi s'éloigner si prestemment de moi, j'en reste éblouie. Il est descendu se refroidir dans l'eau.

TIens, il revient. Oh... son membre est encore là. Quelle nature! La fraicheur a dû lui redonner sa vigueur. Oh qu'il vienne! Qu'il me fasse oublier cette histoire, ce village maudit!

-- Nous devrions rentrer.

Pourquoi?

Il se calme. Perds-t-il la foi? Il ne m'aime plus?

-- Aahhhhhh...

Je me rhabille, désolée. Qu'y a-t-il qui le contrarie. Il me reproche...non. Il le voulait. Mais quoi? Qu'y a t-il enfin? Je ne comprends rien, je suis perdue. Ce bosquet sacré était pourtant là pour nous donner la journée... roh comme je suis désolée qu'il se reproche cela...

-- J'ai à faire, me lança t-il, ce rustre. Il va falloir expliquer ça à ton père.

-- Il n'a pas à le savoir, c'est entre toi et moi.

-- Mais je te prends pour accouplement, Zana, tu comprends.

-- Non par pitié je t'en prie ne lui dit rien. Ne me touche plus. Tu ne peux pas... comment veux-tu lui dire cela alors qu'il attend de moi de séduire la garde? Ils vont me traiter de chatte furieuse.

-- De?

-- ... Enfin!

-- Pardon mais je n'ai pas compris.

Un chat sauvage vint griffer l'oeil gauche de mon amant.

-- Oh! Attends ce chat...

-- Laisses-moi, Zana! J'ai compris! Je ne me rappelais pas de celles-là, c'est tout. Peut-être même n'en ais-je jamais connu. Ma mémoire est une eau trouble d'où émergent de temps en temps des gouttes. Je ne la retrouve qu'à la rosée, colportée par les indices du chant du monde.

-- Le chant du monde? Mais c'est quoi?

-- Rah... Le vieux Fereydoun aurait compris lui. Dommage qu'il ne soit pas là pour t'aiguiller.

"Le monde chante, sa peine et ses joies. Shamash et Mezdahor sont les fils des Essences. J'écoute le chant et je réponds de mon savoir-faire, enseigné par Byrakk. Dimitra me béni. Tu comprends?"

-- Non, Kaddar, je ne comprends pas.

-- Ah toi et ton accent... Tu ne chantera peut-être jamais clairement, si tu ne fais pas d'efforts. Il faut aimer le monde pour qu'il t'en rende les germes.

Le sang coulait sur sa joue.

-- Eldobos! Quelle horreur, dis-je. Laisse-moi te soigner. Ne bouge pas.

Ce chat l'avait peut-être infecté. Il me fallait trouver de la Sicomorat. Mais où trouver cela? Je n'arpente pas les bois, je suis une fille des prairies. Rah, où donc? Calmes-toi. Respire. Là.

Je revenais le soigner. J'écrasais les feuilles dans mes mains pour en dégager la chlorophylle. J'appliquais la feuille en copeaux sur la plaie. La douleur ne semblait pas le prendre.

-- Ne perds pas ton temps avec ça, Zana.

-- Louve je suis, louve je reste.

-- Pourquoi ce surnom d'ailleurs?

-- Tu sais mon kandjar? Avec j'ai tué un loup qui s'attaquait au troupeau. Il s'est rué sur moi et m'a entaillé les chairs, comme tu l'as vu sur mes côtes. Mais lui, il est mort.

Un sourire sardonique m'échappa.

-- Mmh... je vois. Nous sommes bien frère et soeur auprès du dieu des dives, alors. Et non seulement ça mais...

-- Plus un mot s'il te plait.

Comment le lui dire. Je ne voulais pas le voir comme un frère. Ce n'était pas de l'insecte. C'était un bouquet de rose entre nous tissé, lui, fils du shahenshah, et moi, orpheline recueuillie dans les ruelles saumâtres. Je voulais garder cela intact. Un moment d'innocence belle et secrête entre deux êtres que tout rapporchait sans que leurs destins ne puissent être celui de deux hypothétiques frères et soeurs. Quelle affaire si... Non, je ne veux pas y penser. Je l'aime. Tu m'entends, Shayatz? Je l'aime. Tu ne me le prendra pas.

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