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Entrevue avec Yakal Khagan

Publié le par Fabien Maisonneuve

- Conteur -

 

Le débonnaire le plus morbide que l'on puisse espérer contempler se tenait devant la tente de commandement des Hordes Noires. Face à lui un grand kajjar tout en armure noire, portant un casque de cuir à cimier qui lui couvrait les épaules et accompagnait sa chevelure démesurée. Le second homme avait l'oeil bridé des nomades de la grande steppe. Le premier quant à lui, ne semblait pas s'en laisser imposer, et prit la parole.

 

– Que la sombre bénédiction t'accompagne Yakal.

– Es-tu le raïs de Baktrân, comme l'on rapporté mes sentinelles ?

– C'est moi-même, et Urzil est mon nom. Je suis venu t'apporter un présent, et te prouver ainsi ma loyauté.

– Vil impérial, tu crois que j'ai un quelquonque besoin de toi, sans doute ?

– Gandariah est plus vaste que le Baktrân et le Shadiraï. On m'a dit que les rites de tes hordes allaient vers les dives apsûrs.

– Oui, répondit le khagan avec une lueur de vice. nous vénérons Garuda et accomplissons ses désirs.

– Alors vous serez comblés de savoir qu'il y a chez nous une alliance possible, et d'autres capitales à faire tomber que celle du Coeur-Royaume. Avec mon aide, ce sera chose faite, et l'empire ne se relèvera pas. Nous règnerons côte à côte. Gandariah est assez vaste pour deux hommes n'est-ce pas ?

– Sans doute. Quel est ton présent ?

 

On amena un sac sali au sang d'un homme ou d'une bête. Urzil s'en empara et l'ouvrit d'un geste, laissant rouler son contenu sur le sable du reg.

 

– Je te présente Sharid Vahlevar, héritier de la couronne de l'empire. Son sang m'appartient, et par conséquent, son titre me revient. Telle est la loi des dives apsûrs, n'est-ce pas ?

 

Yakal contempla la tête de celui qui fut élevé dans le plus beau des palais, promis au titre de roi des rois. Il était méconnaissable, entre rigidité cadavérique et chevelure ensanglantée. Un rictus d'effroi était resté sur sa face dont le khol avait coulé. La tête était tranchée, et nul ne savait ce qui était advenu du corps de son propriétaire.

 

– Tu dis des mots justes, Urzil. Pour autant, il n'est que l'héritier et non pas le shahenshah. Comment comptes-tu t'accaparer son titre alors qu'il est encore en vie ?

 

– Kaddar est un vieillard qui se maintient à peine debout.Si la nouvelle ne lui est pas fatale, quelqu'un se chargera bien de l'assassiner. Mais moi, j'ai défait son armée et ruiné sa lignée. Le mérite de la victoire me revient donc. C'est un fait.

 

Yakal n'aimait guère se faire voler le triomphe, mais il souriait à sa bonne fortune.

 

– Urzil, tu partira d'ici vivant, eu égard à ce respectueux cadeau d'alliance. J'honorerais les termes qui nous unnissent. Laisse moi le Shadiraï et va-t-en avec ton armée contre tout royaume qui te semblera propice. Si je recroise tes armées, je les décimerai. Nous n'avons que trop parlé. Maintenant, éloignes-toi de ma face.

 

– Bien Khagan. Mais avant, un dernier mot. Tu n'es pas sans savoir le secret d'Izkandaraï ?

 

– De quel secret parles-tu ?

 

– Au milieu des fontaines d'or des jardins du palais se trouverait un lieu sacré, la Fontaine de Vie. On prétend qu'elle coure jusque dans le monde des défunts, le Bardô. Elle serait le coeur du Muntaha, le refuge des Bienheureux. Sans doute Garuda voudra-t-elle y répandre la razzia, n'est-ce pas ? Vas-tu la profaner pour ta déesse?

 

– Si tu dis vrai seulement, étranger. Nous verrons si tes dires ont du sens. Je t'ai assez vu. Dégage.

 

Urzil quitta le campement des troupes moghûls avec une certaine fébrilité, et le besoin pressant de prouver encore au Khagan qu'il était un homme à craindre. La chose était loin d'être acquise avec ce sauvage. Le fracas des armes allait bientôt conquérir les murs d'Atka'ab, sur laquelle Urzil avait jeté son dévolu.

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