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Lougalzagis

Publié le par Fabien Maisonneuve

- Conteur -

 

Lougalzagis venait de recevoir une missive de Zilla. Il était dans sa hutte au milieu des tipis ba'akani. Comment s'était-il retrouvé à la tête de cette armée de fortune, constituée de renégats de l'empire ? Son histoire remontait aux guerres du Taggoth, sa terre natale. Seigneur rescapé d'entre les déchus par Kaddar, il avait survécu aux purges du pouvoir mazdim de Shadiraï. Il s'était réfugié dans le Melek Midrash durant leur assaut, et avait contourné leur domination via le sombre désert de Juhubba et ses adorateurs d'afreti. Bien plus tard, lorsqu'il s'était passé assez de temps pour qu'on l'oublie, il avait fait route vers le nord.

Nulle part ailleurs dans les étendues de Gandariah, il n'y avait place pour de la guerilla à long terme. Là, dans les hautes montagnes, c'était un horizon infranchissable qui s'étendait pour les armées en ordre de marche. Ici le poignard pouvait sans peine vaincre la lance.

Les ba'akani n'avaient jamais accepté de se soumettre ; ils étaient une poche d'anarchie au milieu de trois royaumes riches et unis. Or voilà que la fatale Zilla de Baktrân avertissait Lougalzagis. De ces trois royaumes, le sien ferait bientôt défaut. Le Baktrân ruisselait de sauvages kajjars menés par Yakal Khagan. La muraille de Perles, dont on vanta si longtemps la défense de ses coupoles d'archers, avait éclaté sous la pression. Urzil venait de rompre avec le pouvoir impérial en rejoignant la secte de Lougalzagis. Il lui fallait maintenant accepter une alliance, et porter un coup fatal. Tout était calculé. Le prince héritier des Kalderades trouverait la mort, il faudrait s'occuper des soldats.

Le chef des rebels passa son crâne rasé entre ses mains remplies d'eau froide. Il avait besoin de toute sa tête. Il se présentait enfin une occasion de rétablir la religion kshayatrim, et d'asseoir un ordre nouveau. L'occasion d'une vie entière, rachetant des années d'exil. Combien avait-il accumulé de rancoeur pour cette existence de pouilleux au seuil de l'extinction, dans des conditions barbares ! Là, enfin, se dressait l'occasion de faire payer à l'empire l'anathème qu'il avait fait subir au Taggoth.

Des nuits à prier les dives apsûrs pour une opportunité. Des années à voir sa peau s'endurcir au contact des éléments, loin des forteresses de délice de Maketh.

Son sens des plaisirs en était réduit à rien, tant il avait encaissé de sacrifices. Maintenant, il faudrait seulement plier le genou devant un nouveau shah, acquis à sa cause et qui ferait sa fortune. Le joug en serait léger. Les lois qui les unieraient laisseraient le jeu de la compétition lui offrir toutes ses chances de régner sur le Tahuguthan, et il comptait bien convaincre Urzil d'y jeter toutes ses forces une fois le méfait réalisé. Tel était de toute évidence ce qu'il ferait alors, car le Taggoth lui serait acquis, une fois purgé des laquais de Kaddar. Mais le Taggoth, lui, Lougalzagis, le connaissait mieux que personne. Et pour le pouvoir kshayatrim de Maketh, il était celui qui assurerait une légitime continuité, réhaussant sa lignée au droit féodal, l'Asabiyya.

Il ne restait plus qu'à triompher des armées d'Izkandaraï, les légions impériales. Seul un guet-apens lui donnerait une chance d'y parvenir, et par bonheur, Sharid regarderait plus au nord. Les portes de Pudara étaient le lieu le plus propice. Passe étroite et rocailleuse, elle pouvait facilement s'avérer mortelle.

Lougalzagis fit hisser l'étendard de la secte, deux sabres et un crâne de bouc, gueule sur sable.

Rugir les ordres sans attendre et réveiller la fureur légendaire des ba'akani.

Leur promettre un butin d'armes et de conquêtes.

Transformer ces paysans revèches en mercenaires.

Le temps était compté.

 

 

 

 

 

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