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Hamilcar à Aqlah

Publié le par Fabien Maisonneuve

- Conteur -

Hamilcar arborait désormais la Pie pour emblème de ses troupes, réunies à Aqlah sous la tutelle de Bilal. Elle brillait, d'argent, sur fond d'un soleil de gueule cerné d'azur.
 C'était le signe des mazighani qui ne souhaitaient plus voir régner le clan qabilite. Hamilcar avait prouvé sa vaillance lors de raids contre Akazame, en pleine mer, et avait consolidé quelques années en arrière la sécurité des routes menant à Atka'ab. Il méritait l'allégeance, l'Asabiyya. L'émira quant à elle s'était montrée lâche en fuyant à Atka'ab chercher le soutien d'un traître, et que le prince héritier était connu pour se pavaner dans les lieux de débauche. Seuls les nomades tuariks du désert brûlant de Juhubba se moquaient encore d'Hamilcar. Ne l'avaient-ils pas ridiculisé à Bès, lorsqu'il s'était présenté avec des cadeaux pour une alliance dont ils ne voulaient pas? N'avaient-ils pas offert au fils de l'émir, bâtard, un destin bien meilleur?

Il fallait pourtant se débrouiller pour se procurer des armes. Les forgerons tuariks étaient réquisitionnés, avec leur talent de commander aux esprits du feu, les afreti. Talent rare qui leur valait de forger de terribles armes-fétiches, mais ce savoir là, ils le gardaient pour leur propre cavalerie de chameliers-lanciers.

Les troupes progressaient vite vers Saydawine, qui allait se retrouver être le nouveau front de la guerre en cours. Là-bas, les mazighani fidèles au pouvoir de la reine Bareka attendaient de pied ferme les rebels du sud, réunis autour d'Hamilcar. Les Routes de Fibre assuraient la logistique en bois de construction pour les machines de siège, mais le nord de Saydawine était bien plus riche en minerais de fer. Par un coup heureux du sort, du moins pour l'insurgé -si tant est qu'on puisse le qualifier ainsi- les mines ne donneraient pas d'acier lunaire, car Akazame conservait le monopole de ce savoir-faire. Pourtant le prince renégat était dévoré d'inquiétude. Et si Hamma'ani parvenait à s'allier Akazame? Il avait entendu dire qu'elle avait quitté Atka'ab sans ennui. Urzil la tenait-il pour alliée?

Les soldats emmenaient leur paquetage sur le dos, de légers boucliers de bois et de cuir, des lances, des gourdes, des ustensiles pour réparer les lanières de cuirasse et les semelles de sandales, et tout un tas d'autres choses nécessaires au voyage. Ils étaient plus légers que les troupes du nord, mais ils étaient aussi plus exposés aux pertes. Leur pas rapide les conduisaient à Bès, sous un temps incertain et rude.

C'était certainement un aller simple.

Il n'y aurait pas de retour au foyer possible sans victoire. Ce serait la promesse d'éxécutions publiques. Il fallait vaincre, et sur le terrain d'une armée entrainée et soudée autour des Faucons d'Airain. Les chances d'obtenir le dessus reposaient essentiellement dans les troupes de Bilal, ses Mannaks de guerre, ses géants lance-projectiles, ses archers longs, ses carabiniers tuariks. Le cumul de toutes ces forces extraordinaires pouvait conduire au succès, mais certainement pas les paysans recrutés au bord d'Aqlah. Ils auraient cependant constitué d'excellentes troupes de choc avec du bon matériel, connaissant le pays et les stratégies ennemies.

Quoiqu'il en soit, la lutte était engagée. Hamilcar repensa au moment de la proposition du monso. Il avait toujours pensé être taillé pour diriger. C'était un étranger qui lui avait reconnu cette aptitude, parce qu'une femme avait voulu l'écarter, selon les coutumes, pour promettre au Mazighan une succession paresseuse. Le temps de la guerre était pourtant bien une heure à désigner des hommes forts. Il eut fallu qu'Hamma'ani adopte Hamilcar pour lui donner ses droits, et assurer l'indépendance. Au lieu de ça, les prétendants au trône se retrouvaient de part et d'autre de la ligne de front. L'un avec les armes bien en main, l'autre à trembler derrière les murailles de son ksar.

Le choc de leurs forces réciproques était inévitable, et c'était le suffète Harakim qu'il fallait défaire. C'était lui l'homme d'Etat sans lequel le régime du Mazighân connaîtrait la perdition.

Parfois, un homme vous barre la route, et des milliers doivent mourir pour la finir.

 

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