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Les Harems des Mazdim

Publié le par Fabien Maisonneuve

 

- Conteur -

Sayuddin tenait tendrement la main délicate de Zana-la-Louve sur le bord de la fontaine, pour lui demander une faveur.

– Jurez-moi, belle demoiselle, que vous demeurerez ici, en ma compagnie. Tant durant ces heures sombres que pour les années qui suivront.

– Je le souhaite de tout coeur, prince, mais je suivrai l'appel des Simurghs, et leur désir. Ne suis-je pas leur ambassadrice?

Elle enleva sa main, gênée. Elle était pourtant curieuse.

– Parlez-moi du harem. J'ai entendu que vous en aviez un, ici.

– De mes nuits sacrées en présence de la femme, innombrable entre ses murs, je suis un ange au paradis. Il en est ainsi de tous nos hôtes d'une digne ascendance, et des vizirs également. A qui le coeur le permet, les nashizes offrent leurs faveurs s'ils viennent à toucher leur désir brûlant par quelque cour assez méritoire. Les nashizes sont le lait de la vie à la cour. La mamelle des seyyids. Ils accourent à leur appel, et chantent leur fidélité aux princes qui les entretiennent.

– Est-il vrai qu'elles n'ont qu'un dessein, servir leur prince ?

– La fidélité au prince est un devoir pour toute nashize qui aspire au harem. C'est un temple d'observance envers la bienveillance du raïs ou du shah qui le détient.

– Et le suyamur ?

– Toute nashize du harem -et ceci, vous dirais-je, comme toute princesse de palais- a droit au suyamur. C'est une compétition où les prétendants rivalisent durant sept jours en des épreuves nombreuses afin de prouver leurs qualités et leurs façons. La nashize les observe attentivement tout ce temps, et prend acte de leur valeur et de leurs manières. Elle effectue son choix parmi eux à l'issue. C'est un rite de passage pour les futurs époux, et c'est un moment fort de leur union où la promise doit trembler pour celui qu'elle désire en secret. Les soupirants sont tous de noble condition, et la nashize s'offre à une vie maritale préservée alors, n'ayant plus à se mêler de libertinage. Elle restera fidèle à son mari, et conservera ses engagements envers le raïs.

– Devra-t-elle lui soumettre son corps ?

– Non ! Le mariage est une institution sacrée !

– Vous me rassurez grandement, prince.

– Vous pouvez dire « mon prince », cela me fera grand plaisir.

– Je…

Zana resta interdite. Sayuddin faisait tout pour se rapprocher d'elle. Elle risquait d'être un nouveau passe-temps pour un jeune homme qui pouvait tout posséder à l'envie.

– Vous savez que mon coeur appartient à Arasîl, ô mon prince.

– Je le sais fort bien, douce Zana. Mais nous avons bien parlé, et je vous jure que de vos années de pâture, vous ne pouvez connaître les délices de l'amour. Ne serait-il pas souhaitable de vous faire une éducation en la matière ?

– Je ne le souhaite pas, s'il s'agit de se mêler aux autres hommes.

– C'est tout votre droit. Mais connaîtrez vous la volupté des femmes, et la caresse des jouets intimes ? C'est là aussi une des façons d'apprendre, auprès de plus anciennes ?

Zana était parfaitement choquée par les propos du prince. Cette proposition était révoltante. Comment montrer son intimité -pire, l'offrir- à de parfaites inconnues dans le but de s'aventurer sur un terrain d'expériences dévergondés?

– L'amour n'est pas un jeu ; c'est une grâce, mon prince. Un cadeau des dives askya pour la prospérité des hommes et la plaisance des coeurs fidèlement engagés. C'est le coffre-fort de la préservation des liens qui unissent les amants dans le printemps de leur vie, et leur garanti de devenir pères et mères. Ce n'est pas un don pour batifoler. C'est le prélude à l'éducation des fils et filles qui auront eux-même à entretenir et respecter leur vertu.

– C'est un point de vue. Il est sans doute plus raisonnable pour les rayat, mais pas à la cour. Pardonnez moi, demoiselle, j'espère ne pas vous offusquer. Ici nous apprenons à nous connaître intimement avant de faire notre choix. En tant que prince, nous autres les héritiers mazdim de Gandariah, nous pouvons choisir qui bon nous semble en toute connaissance de cause. C'est un luxe, croyez moi. Et il est de grande valeur pour obtenir et garantir la longévité de nos épousailles. Vous en êtes à votre premier amant. C'est bien peu pour découvrir toutes les facettes de votre plaisir, et de la nature virile.

– Sans doute, mais c'est assez pour aimer.

– Vous avez peut-être raison. Il est vrai que l'attachement est un don précieux. Mais s'il est le fruit de la volupté, la tentation sera grande de la retrouver sur d'autres pâturages que vos escapades réservées. En tout cas, en aussi bonne compagnie qu'à la cour.

Zana entendait peu à peu que la vie dans les murs de la medina était bien différente de ce qu'elle avait connu, et que les repères, quand au sens même de la vie, en étaient modifiés. Et si le prince disait vrai ? C'était, en dehors de ces étranges pratiques libertines, un être adorable, doux et plein de compassion. Un enfant gâté peut-être, mais un jeune homme qu'elle portait en grande estime, noble de coeur et détestant le sang et les cris. Il était toujours si bien apprêté que l'on aurait cru qu'il vivait dans un rêve. C'était un rêve étrange.

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