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La Visitation

Publié le par Fabien Maisonneuve

Zana senti son cœur se figer. Il se crispait comme un caillou. Ses cheveux la tiraient à la racine.

Elle laissa parler le séraphim par sa bouche.

-- La paix soit sur toi, Arasîl, je te parle depuis le Bardô, le monde des défunts. C'est là que je suis. C'est de là que je m'adresse à toi, car Zana est une kahina, elle sait l'art de faire parler les anges.

Arasîl vit ses yeux se nimber de larmes. Une agitation le parcouru. Le vieux Fereydoun. Celui-là sur lequel il s'était recueilli. Celui qui était allé le chercher. la rencontre qu'il avait cru être si anecdotique était un véritable signe du destin. le roi-mage. L'ancien.

Fereydoun couvrit de sa vision le regard du prince déchu sur la bergère. Ses ailes colorées lui rappelaient les siens.

A l'articulation des ailes, il voyait émaner la chaleur, et au dessus de ses épaules elles s'élevaient comme des vagues ondulantes.

Il déroula un cylindre de cuivre sur lequel était inscrit quelque chose qu'il ne parvenait pas à déchiffrer.

--Sais tu ce qu'il y a écrit sur ce rouleau, jeune homme?

Arasîl s'approcha. Il vit des figures agitées, portant lances, boucliers, outils, et luttant ou domestiquant des animaux semblables aux ours bruns.

-- Qu'est-ce que c'est?

-- C'est un message de la langue des Almadorin. Un texte ancien qui annonçait ceci.

{Il viendra, celui qui portera le feu saint, le Résurgent. Il ne sera pas arrêté par la poutre. Il ne sombrera pas dans la haine. Il laissera filer le destin. Le Cœur de l'Aube est dans son âme, le ferment de sa gloire est dans son Esprit.}

-- Qu'est-ce que ça signifie?

-- Vois-tu, Mezdahor a choisi de préserver le monde contre les sermons d'Ahriman. Et pourtant, il ne pouvait vaincre, car la création est celle d'Eldobos. Mezdahor et Ahriman sont frères, aucun ne peut dominer sur l'autre. Toute la force qu'il a déployé à construire un jardin à l'abri, le sacrifice qu'il a consenti pour libérer une partie du Bardô, le Muntaha, tout cela, n'est pas invincible. Lui a tout mis en oeuvre pour contrôler le présent du monde. Mais toi, tu es souple comme un roseau. Tu ne vise pas le contrôle. Tu vises la sincérité. Ta naissance est assez glorieuse pour assurer un avenir inédit, et de haute teneur.

"Laisse donc les hostiles s'affronter. Le monde renaît toujours. Écoutes ton coeur. Dicte lui, par la force de ton esprit, le chemin de la vaillance. C'est le véritable sens de l'honneur. Le tien ne peut être négligé. Non pas pour le pouvoir sur le monde, mais pour le salut de Gandariah."

Arasîl plia la nuque. Il comprenait. Les ailes de Fereydoun se déployèrent. La vision parti doucement.

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